Colloque interdisciplinaire en Sciences Humaines et Sociales "Voisins"

Appel à communications

Texte de l'appel en version téléchargeable

Contexte

Ce colloque est initié par différentes équipes en Sciences Humaines et Sociales de l’université du Mans, rassemblées dans ce projet par une thématique convergente et appelant l’inter-disciplinarité : « Voisins ».

La thématique « Voisins » évoque la proximité entre les êtres humains, les groupes, les peuples, les Etats ou encore les espaces. Cette proximité renvoie quant à elle à l’idée de rapprochement, de contact, de valeurs et d’intérêt communs. Si cette proximité s’apprécie d’abord en termes de distance géographique, elle peut aussi exister du fait de l’appartenance à un même espace de vie, d’échanges, de communication, de culture et de patrimoine aussi vaste soit-il.

La mondialisation – ou globalisation – entendue ici dans son sens le plus large, invite à dépasser la dimension locale du voisinage pour appréhender la proximité qu’elle engendre à l’échelle de la planète toute entière. Dans ce nouvel ordre relationnel, les frontières – comme limites séparant les Etats, distribuant les territoires et permettant de distinguer les peuples, les groupes, les cultures, les langues ou encore les économies – perdent de leur lisibilité et stabilité : certaines paraissent s’estomper, voire même disparaître, d’autres se déplacer et se recréer ailleurs. Les particularismes nationaux, culturels ou linguistiques s’hybrident. Les identités citoyennes se diluent pour se recomposer à une échelle plus large (au niveau européen par exemple) ou, inversement, et en réaction à ce phénomène de globalisation, à une échelle plus réduite (engagements politiques ou associatifs locaux, qui touchent à leur vie quotidienne et sur laquelle ils ont une prise directe). Les nouvelles technologies se développent, dont l’ubiquité et le caractère infini permettent l’universalisation des espaces de communication, d’échange ou de commerce (Internet, les réseaux sociaux, les blockchains…). L’espace de vie commune se déploie toujours un peu plus, en même temps qu’il se resserre du fait de l’apparition de nouvelles formes de proximités. Parmi celles-ci, les risques environnementaux, et plus particulièrement les risques climatiques, réunissent les Etats et les êtres humains dans une même vulnérabilité, tout autant qu’ils renvoient aux individualismes de chacun, en particulier lorsqu’il s’agit d’établir le partage des responsabilités.

 L’objectif de ce colloque est d’explorer cette thématique dans son ancrage européen et plus précisément d’aborder la question large des liens entre frontières et gouvernance en Europe autour de trois axes de recherches principaux :

Axe 1 : La frontière et son rétrécissement : regard holistique sur un espace de consommation

Axe 2 : La proximité : Interactions et développement social

Axe 3 : Le vivre-ensemble : partager ses ressources linguistiques, culturelles, patrimoniales,  naturelles ?

 Les propositions soumises aborderont et/ou questionneront l’un des 3 axes thématiques déclinés ci-après.

 Les propositions pourront interroger et/ou mettre en jeu par leur questionnement ou les outils d’investigation et analyse choisis, l’interdisciplinarité en Sciences Humaines et Sociales (croisement des regards en anthropologie, didactique, droit, géographie, histoire, langues, littératures, philosophie, sciences de l’éducation, sciences de l’information et de la communication, sciences du langage, sociologie, etc.).

 

 Présentation des questionnements thématiques des axes

Axe 1-La frontière et le rétrécissement du monde – regard holistique sur un espace de vie commune

Cet axe de recherche vise à explorer certaines des manifestations de ce rétrécissement du monde, avec pour curseur principal l’idée que la dilution et/ou le déplacement des frontières multiplie[nt] et renforce[nt] les situations de (bon ou mauvais) voisinage, à l’échelle régionale et mondiale. Il s’agit aussi d’identifier les difficultés, juridiques, géographiques ou encore sociales et culturelles, qu’il y a à sceller ces nouvelles formes de voisinage. On s’intéressera enfin aux formes d’expression, notamment artistiques et littéraires, que peuvent prendre ce nouveau type d’ordre relationnel et les questions qu’il soulève.

Les propositions soumises investiront l’une des trois sous-thématiques proposées :

  1. La dilution et le déplacement des frontières et la recomposition des identités : comment définir les identités nationales, culturelles, linguistiques, citoyennes ? ; question de la représentation des Etats, des peuples dans les instances décisionnelles nationales et transnationales…)
  2. L’effacement des frontières et la constitution de nouvelles solidarités locales face aux risques climatiques : quelle recomposition des espaces et des territoires ?, quelle souveraineté de l’Etat ?, quel partage territorial des ressources naturelles ?, quelle planification des espaces et des activités, quelles responsabilités partagées et quelles actions locales pour lutter contre un risque global ? …
  3. Le dépassement des frontières et le développement des nouvelles technologies : comment définir des « espaces numériques », quelle autorité / quel instrument de régulation ?...

 Axe 2 : Proximité : Interactions et développement social.

La question du voisinage, de la proximité et des interactions sociales induites par voisinage et proximité est une question centrale des études d’histoire, particulièrement médiévale, étroitement corrélée à celle de la communauté et de l’individualité, de l’autonomie du sujet face au groupe d’identification. La communauté en particulier est demeurée au cœur des préoccupations des sciences humaines, en raison de l’omniprésence du fait communautaire et du fonctionnement communautaire des structures et institutions sociales. Communauté de voisins par excellence, elle résulte à la fois de la proximité, de la prise de conscience d’intérêts communs et de la volonté commune de partage, répartition et / ou mise en commun des ressources du terroir. En reliant cette question des interactions sociales de proximité à celles de l’habitat, du vivre-ensemble, de la définition sociale des identités, les historiens ont collectivement posé les jalons des interrogations centrales de sa définition : qu’est-ce qui permet de parler d’une communauté, au-delà d’un groupement d’intérêts commun réuni par la proximité ?
Sans se limiter (mais sans non plus exclure) la conception historienne de la communauté, les propositions pourront interroger le postulat selon lequel la proximité entraîne l’interaction, vient renforcer les solidarités horizontales (communautés de voisins) par la prise de conscience d’intérêts communs, mais n’est pas seulement géographique, de même que le voisinage n’est pas forcément source de proximité. Celle-ci pose la question de l’éloignement et de la distance : à partir de quand est-on proche ? On pourra également interroger la notion de frontière qui sépare les voisins et les unit ; cet effet de frontière suscite échange, collaborations, affrontements. La proximité est ainsi une représentation de l’autre, envisagé comme proche ou lointain selon la perspective ; elle pose la question de la différenciation (volontaire ?), de la similitude et de leur perception. Le rapport à l’autre est alors envisagé dans la capacité à générer du voisinage culturel et relationnel permettant un rapprochement, essentiel au développement social.

 Axe 3 : Vivre ensemble

Mutations/transformations des sociétés, crises socio-économiques, changements climatiques, flux migratoires et mobilités inter-transnationales : le début du 21e siècle est traversé par un foisonnement de situations complexes et variées dont l’appréhension des enjeux sociaux, éducatifs, écologiques bouscule « nos » idées et pratiques du vivre-ensemble et pose la question de nouvelles pistes et échelles de solidarités, de coopérations, d’échanges et de développement social/durable.

C’est ce contexte en faisceaux (scientifiques, éthiques, épistémologiques, sociaux) qu’interroge l’axe « Vivre-ensemble : partager ses ressources linguistiques, socio-culturelles, patrimoniales, naturelles » de ce colloque. Au-delà du partage des ressources communes, existe également la construction de sociétés et de territoires qu’implique la mise en œuvre d’actes de vivre-ensemble. Cette notion croise alors celle de « communs » au sens des travaux d’E. Ostrom, nécessitant le triptyque : ressource partagée, communauté d’usage et règles de gestion. Comment alors les partager, les préserver, les transmettre ou les délimiter ? Quels sont les enjeux sociaux, éducatifs, territoriaux, écologiques du « vivre-ensemble » ? Quels outils et leviers pour le développement social / durable ?

 Les proposition soumises dans l’axe « Vivre-ensemble » proposeront de :

- analyser la délimitation et la granularité de cette notion de « vivre ensemble » dans les pratiques quotidiennes, dans les politiques publiques, dans les représentations des différents groupes sociaux.

- explorer et interroger les actions, outils et démarches (scientifiques, éducatifs, sociaux, artistiques…) visant la construction d’un vivre ensemble, quelles qu’en soient les échelles, les modalités, sous un angle pluri-disciplinaire.

- croiser les regards (de didacticiens, linguistes, sociologues, historiens, géographes, d’urbanistes, d’acteurs de terrain) sur des approches innovantes qui renouvèlent les pratiques et représentations liées (innovation pédagogique, sociale, scientifique, d’écologie urbaine…), et les effets observés de celles-ci sur les publics concernés (acteurs collectifs et acteurs individuels, groupes sociaux, etc.).

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